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Le Vampire

Charles Baudelaire

Recueil : Les Fleurs du mal

3 minutes TERMINALE poeme en quatrains Programme scolaire

Introduction

« Le Vampire » est un poème emblématique de Baudelaire qui explore les tourments d'une passion destructrice. Il offre une vision allégorique de l'amour comme une force parasitaire qui asservit et dévore. Cette œuvre est une porte d'entrée privilégiée pour comprendre le spleen baudelairien et l'esthétique des Fleurs du Mal.

Le poème

Toi qui, comme un coup de couteau, Dans mon cœur plaintif es entrée ; Toi qui, forte comme un troupeau De démons, vins, folle et parée, De mon esprit humilié Faire ton lit et ton domaine ; — Infâme à qui je suis lié Comme le forçat à la chaîne, Comme au jeu le joueur têtu, Comme à la bouteille l'ivrogne, Comme aux vermines la charogne, — Maudite, maudite sois-tu ! J'ai prié le glaive rapide De conquérir ma liberté, Et j'ai dit au poison perfide De secourir ma lâcheté. Hélas ! le poison et le glaive M'ont pris en dédain et m'ont dit : « Tu n'es pas digne qu'on t'enlève À ton esclavage maudit, Imbécile ! — de son empire Si nos efforts te délivraient, Tes baisers ressusciteraient Le cadavre de ton vampire ! »

Thèmes

amourmortspleen

Thèmes expliqués

L'amour destructeur

L'amour n'est pas une élévation mais une chute. Il est dépeint comme un parasite (le vampire) qui suce la vie, la volonté et la raison du poète, le laissant dans un état de servitude et de déchéance.

Le Spleen / L'ennui

Le poète est prisonnier d'un état mélancolique et aliénant. Son impuissance à se libérer, même par la mort (refus du glaive et du poison), illustre le spleen, ce mal de vivre profond et sans issue.

La dualité (Être et Paraître)

Le vampire est « folle et parée » : il séduit par son apparence (parée) mais est en réalité une force démoniaque et folle. Cette opposition révèle la duplicité du désir et la fascination pour le mal.

Analyse littéraire

Structure

Le poème est composé de six quatrains en octosyllabes. Les rimes suivent un schéma croisé (ABAB). Cette structure régulière contraste avec la violence du sujet traité.

Registre

Lyrique tragique et pathétique

Mouvement

Symbolisme / Précurseur du Modernisme

Figures de style

Comparaison

"« comme un coup de couteau »"

Assimile l'arrivée de l'être aimé à une blessure violente et soudaine, soulignant la douleur physique et psychique.

Anaphore

"« Toi qui... » (vers 1 et 3)"

Répétition en début de vers qui martèle l'accusation et crée un effet d'incantation ou de malédiction.

Métaphore filée

"L'ensemble du poème compare l'être aimé à un vampire."

Cette métaphore étendue décrit la relation amoureuse comme une relation parasitaire où l'un suce la vie de l'autre.

Énumération

"« Comme le forçat à la chaîne, / Comme au jeu le joueur têtu, / Comme à la bouteille l'ivrogne... »"

Accumule des images d'asservissement et de dépendance pour illustrer l'emprise absolue et aliénante de la passion.

Explication vers par vers

"Toi qui, comme un coup de couteau,"

Le poème s'ouvre sur une adresse violente. L'être aimé est comparé à une arme, définissant d'emblée la relation comme une agression.

"Dans mon cœur plaintif es entrée ;"

Le cœur est « plaintif », c'est-à-dire déjà souffrant et gémissant, avant même la blessure. L'entrée est une intrusion violente.

"De mon esprit humilié"

La domination n'est pas seulement sentimentale mais aussi intellectuelle. L'esprit, siège de la raison, est « humilié », ravalé et asservi.

"Faire ton lit et ton domaine ;"

Image de l'installation et de la possession. L'être aimé-vampire fait du for intérieur du poète son lieu de vie et son territoire, qu'il colonise.

"— Maudite, maudite sois-tu !"

Apogée de la malédiction. La répétition renforce l'imprécation et le désespoir impuissant du poète.

"Tes baisers ressusciteraient"

Dans la bouche du Glaive et du Poison. Paradoxe ultime : même la mort ne libérerait pas le poète, car son désir (ses baisers) ranimerait sans cesse le vampire. L'emprise est éternelle.

Vocabulaire

plaintif

Qui exprime la plainte, la souffrance par des gémissements.

gémissantlamentable

forçat

Condamné aux travaux forcés, enchaîné. Symbole d'un esclavage subi.

bagnardgalérien

infâme

Digne du plus grand mépris, d'une grande indignité. Littéralement : qui a mauvaise réputation.

ignobleabject

glaive

Épée, symbole de la violence qui peut trancher (ici, libérer par la mort).

épéefer

perfide

Qui trahit la confiance, qui est fourbe. Le poison est « perfide » car il tue en cachette.

traîtrefourbe

L'auteur : Charles Baudelaire

1821 - 1867FrançaiseSymbolisme (précurseur), Modernité

Poète et critique d'art français majeur du XIXe siècle. Il vécut une vie marquée par les dettes, les conflits familiaux et la maladie. Son œuvre principale, Les Fleurs du Mal (1857), fut condamnée pour outrage à la morale. Il est le traducteur des œuvres d'Edgar Allan Poe. Il meurt à Paris, paralysé et aphasique.

Style d'écriture

Style alliant la beauté formelle classique à des thèmes modernes (la ville, le spleen, le mal), caractérisé par des images frappantes et un travail méticuleux sur la langue et le rythme.

Oeuvres principales

Les Fleurs du MalLe Spleen de Paris (Petits Poèmes en prose)Les Paradis artificielsSalon de 1846 (critique d'art)

Contexte historique

Publié en 1857 dans la première édition des Fleurs du Mal, ce poème s'inscrit dans le climat de scandale et de procès qui frappa le recueil pour outrage à la morale publique. Il reflète la fascination de Baudelaire pour le mal, le péché et les passions sombres, caractéristique de la modernité littéraire naissante.

Questions de compréhension

Activités pédagogiques

Conseils pour réciter

Adoptez un ton à la fois sombre et passionné. Marquez les ruptures (apostrophes « Toi qui... », malédiction « Maudite... ») par une intensité vocale. Jouez sur les pauses pour faire ressortir la violence des images (« coup de couteau ») et l'accumulation des comparaisons.

Respecter le rythme des octosyllabes sans monotonie.Bien articuler les sonorités dures (coup de couteau, forçat, chaîne) pour renforcer l'âpreté.Faire sentir la progression vers le paroxysme de la malédiction puis vers le constat d'échec final.

En classe

Analyse de la métaphore filée

20 min

En groupe, relevez tous les termes et images qui appartiennent au champ lexical du vampire et de la parasitose. Puis, discutez de ce que cette métaphore révèle de la conception baudelairienne de l'amour.

Mise en voix théâtralisée

15 min

Interpréter le poème à deux : un élève dit les vers du poète, un autre incarne la voix du Glaive et du Poison (dernier quatrain). Travail sur l'intonation (accusation, désespoir, mépris).

À la maison

  • Recherchez et analysez un autre poème des Fleurs du Mal traitant du thème de la femme fatale ou de l'amour destructeur (ex: « L'Irremédiable », « Une martyre »). Comparez son traitement avec « Le Vampire ».
  • Rédigez un paragraphe argumenté : « En quoi peut-on dire que le vampire est une allégorie du Spleen ? »

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